nakayoshi

mardi 24 mai

Pour une consommation "éclairée" !

Plus de deux mois se sont écoulés depuis la grande secousse du 11 mars.

La vie à Tokyo continue, seules les initiatives pour récolter de l'argent, des fournitures scolaires, des livres pour enfants, des jouets, le recrutement de bénévoles pour des actions ponctuelles dans les régions sinistrées nous rappellent chaque jour que les besoins sont énormes.

Les secousses se font plus rares mais encore récemment un réveil aux aurores le dimanche matin par notre Mère Terre qui n'en finit pas de se manifester. Les "zabuton", les coussins carrés traditionnels pour s'asseoir, sont toujours sous notre table dans la cuisine et les enfants les mettent sur la tête lorsqu'il leur arrive de se réfugier dessous. Cela fait rire Louise qui prend cela pour un jeu. Nos deux grands prennent cela au sérieux mais restent toujours très calme. Ils savent que les grandes secousses sont rares et semblent rassurés par notre attitude, envers et contre tout et même quand les terre tremble : garder les pieds sur terre :)

Les courses prennent plus de temps qu'avant, par précaution et parce que j'ai de petits enfants, je privilégie les achats de fruits et légumes cultivés dans le Sud du Japon. J'ai ainsi révisé les kanji (idéogrammes) de toutes les préfectures japonaises pour savoir d'où viennent les choses, merci Caro pour la carte avec les lectures en roma-ji. Nous consommons toujours l'eau en bouteille par précaution. Une partie de notre alimentation moderne est importée, cela fait donc une alimentation diversifiée à défaut d'être la plus saine qui soit. A côté de ça, les actions se multiplient pour inciter les gens à consommer les produits des régions sinistrées afin de soutenir l'économie. L'origine des produits en rayon est presque toujours indiquée, j'avoue être gênée de demander si elle ne l'est pas, je préfère alors m'abstenir d'acheter.

L'été arrive à grands pas et avec lui sa canicule. Cette année, il va falloir restreindre sa consommation d'électricité. Après la catastrophe de Fukushima, le gouvernement a demandé l'arrêt de plusieurs réacteurs de celle de Hamaoka -jugée soudainement trop dangereuse en cas de secousse sismique- et  s'engage à ne plus développer son programme nucléaire mais à investir dans les énergies renouvelables. En attendant, il va falloir consommer l'électricité de manière "éclairée" !

Récemment, des spots de pub à la télé et une grande campagne d'affichage sensibilisent les gens aux gestes simples mais efficaces pour diminuer la consommation électrique dans les foyers ou dans les entreprises. En discutant avec nos voisins, je me rends compte qu'il va être difficile chez nous de faire plus que ce que nous avons toujours fait : nous utilisons la clim' au minimum en été (et pourtant il fait ATROCEMENT chaud) privilégiant le dodo en famille dans une seule grande chambre pour n'en faire tourner qu'une lorsque cela est vraiment nécessaire, les journées de repos à l'ombre au parc avec un point d'eau pour se rafraîchir (les jabu jabu ike), nous n'avons pas de sèche linge -juste une option sur la machine à laver que nous n'avons utilisée que de très rares fois- nous ne laissons pas comme nos voisins la lumière allumée toute la nuit dans l'entrée, les escaliers ou le palier (mais à quoi ça leur sert ???), nous éteignons toutes les lumières ou veilleuses d'appareils électroménagers, nous n'avons plus notre bouilloire hotto potto à la japonaise (une grosse bouilloire qui maintient l'eau bouillante en continue) et nous savons utiliser un balai plutôt que de sortir tout le temps l'aspirateur et ... et ... j'allaite, c'est ma contribution personnelle, et oui ça contribue aussi aux économies d'énergie !

De nombreux magasins arborent l'autocollant "ne gaspillons pas l'énergie" et éteignent quelques lumières qui ne sont pas nécessaires. Les stations de métro sont moins éclairées, les rayons des supermarchés sont plus sombres, les portes automatiques parfois condamnées mais je trouve que tout cela manque d'uniformité. Autour de chez nous, nombreux sont les immeubles qui continuent d'éclairer si fort leur entrée que toute la rue en profite, le centre de sports municipal aussi continue de faire griller en plein jour tous ses néons et ampoules inutiles.

Les distributeurs automatiques de boissons que nous trouvons ici tous les 2 mètres dans la rue ont été particulièrement visés, la consommation de tous ces "frigos" réunis est exorbitante. Il va falloir survivre cet été sans pouvoir trouver une boisson super fraîche en moins de 3 secondes après en avoir eu envie, avec tous les combinis (supérettes ouvertes 24h/24) et les supermarchés présents à Tokyo, je pense que cela ne représente pas une trop grande contrainte !

Les entreprises réfléchissent aux mesures qu'elles peuvent prendre pour limiter la consommation d'énergie (faire venir les salariés plus tôt et les faire partir plus tôt, ne pas utiliser les ascenseurs, demander aux salariés de venir en vêtements d'été - il y avait déjà le cool biz, les jours de cool business, c'est à dire être habillé plus léger pour utiliser moins de clim') ... toutes ces réflexions pour des choses que je trouve vraiment tellement mais tellement ATARIMAE (atarimaé : évidentes, normales, of course !). Cela fait drôle de voir tous ses businness men (appelés ici salary men) en costume-cravate et maillot de corps sous la chemise, en pleine canicule estivale. Tout le monde sait qu'en été à Tokyo il fait 40 degrés dehors et presque froid dans les bâtiments, les trains, les bus au point de devoir toujours avoir un gilet et un foulard sur soi pour ne pas attraper froid. Parfois les clim marchent si fort qu'elles refroidissent la rue lorsque les portes automatiques des magasins s'ouvrent.

Allez, avant de vous quitter et pour vous faire sourire, deux photos de Nico qui a décidé d'adopter le look surfer pour aller au boulot cet été, espérons que ses supérieurs n'y verront pas de problème, et vous vous en pensez quoi ?

Nick_de_Tock_2

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 Petit clin d'oeil à JJ Aucouturier et sa petite famille qui ont pris ces photos lors d'une fête déguisée !

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mercredi 23 mars

le jour où la terre a tremblé

Les récents événements nous ont tant accaparés qu'il m'a été bien difficile de prendre le temps de vous répondre à tous de manière individuelle mais sachez que tous vos messages, tous vos petits mots et toutes vos pensées nous ont beaucoup touchés.

Il y a déjà plus d'un mois que la terre nous secouait, le corps, la tête et les tripes, allait suivre le tsunami dévastateur qui allait plonger des milliers de personnes dans le dénuement le plus total et l'état de la centrale nucléaire de Fukushima causer beaucoup d'inquiétude au pays.

Je n'oublierai jamais ce vendredi 11 mars, jour où la terre a tremblé et où je me suis réfugiée sous une table d'écolier. Je me trouvais à l'école d'Alix pour une réunion parents-prof. Alix me montrait une exposition de photos prises lors du grand concert de l'école le mois dernier, nous choisissions ensemble celles que nous voulions commander. Nous parlons encore un peu et je me rends compte que je suis en retard pour la réunion. Quelques minutes qui nous permettront d'être ensemble lorsque l'école sonne l'alerte au tremblement de terre. "Jishin jishin". J'essaie de me rassurer "Oh sans doute une petite secousse, comme nous avons déjà connu, ce n'est rien".

Les consignes de l'école sont claires. Les enfants les connaissent par coeur. Il y a des exercices réguliers. Lorsque  l'alerte sonne, il faut se protéger, se mettre à l'abri sous une table. Ce jour là, nous sommes près de l'accueil. Plusieurs petits bureaux en métal bien lourds. Les quelques enfants présents à cet endroit vont se glisser dans le creux des bureaux prévus pour les jambes, on me demande de faire de même. Alix choisit une autre table, moins solide mais moins exposée (moins de choses qui peuvent tomber dessus). J'ai du mal à tenir dans ce si petit abri, je tiens fort Louise contre moi, elle pleure d'être ainsi tenue si fermement et de ne pas comprendre ce qui se passe, une tétée lui apporte instantanément du réconfort. La secousse s'installe. Je ne saurais pas dire à partir de combien de secondes le coeur se met à battre très fort, à partir de combien de secondes on réalise que cela n'est pas juste "comme d'habitude" ... 30 peut-être. 40, 50, on dépasse la minute. Le coeur bat très fort, je répète en boucle à Louise "ça va s'arrêter, ça va s'arrêter ..." et cela ne s'arrête pas. Le bruit est inoubliable, ce "kong kong kong" incessant des meubles qui s'entrechoquent, les grincements des portes, des fenêtres, quelques objets en hauteur qui tombent. Le temps semble durer une éternité, je pense à Gabriel et me rassure en me disant qu'au jardin d'enfants, ils ont un grand, un très grand jardin et qu'ils ont dû les regrouper au centre pour leur éviter d'être blessés par des choses qui peuvent tomber.

Les deux minutes ont été dépassées. Nous nous en sortons bien mais je me demande si cela a secoué plus fort ailleurs, où ? quelle région ? Nous saurons plus tard que 30 minutes après, c'est la mer qui se déchaîne et emporte tout sur son passage sur des dizaines de kilomètres dans la région de Tohoku.

Tout le monde sort abasourdi de cette expérience. Les mamans se ruent sur leur portable pour joindre leurs enfants mais les réseaux sont saturés. Beaucoup d'élèves sont sur le chemin du retour ou bien déjà rentrés à la maison (au Japon les enfants rentrent seuls ou entre copains), tout le monde se demande si tout va bien pour tout le monde.

Je dois aller chercher Gabriel. Je rentre tout d'abord à la maison avec Alix, retrouve mes chères voisines dans la rue et prend la décision (difficile) de laisser Alix chez Madame Imaï. Je vais devoir aller chercher Gabriel à pied, les bus sont pris dans un énorme embouteillage, et s'il y a des répliques, il vaut mieux être libre de ses mouvements. 30 minutes de marche avec l'inquiétude que des choses puissent tomber des immeubles comme des vitres cassées. Je prépare un petit sac avec de l'eau, des couches, ma "trousse à bobo", un paquet de biscuits, des mouchoirs en papier, un sac plastique, tout cela machinalement puis nouvelle secousse, sous la table avec Louise, Alix chez la voisine. Je repasse les voir avant de partir chercher Gabriel.

Me voici sur la grande avenue, noire de monde, le ciel est gris, un ciel de plomb. Les gens sont nombreux dans la rue, ils se croisent et pourtant un silence de mort. C'est une impression très étrange, toutes ces personnes qui marchent silencieusement comme des automates, cela restera graver dans ma mémoire.

Louise a faim, je demande asile au koban du coin (poste de police de quartier), ils sont en plein état d'alerte mais m'accueillent avec beaucoup de gentillesse. Ils me proposent leur salle de repos, une pièce en tatami, je me fais une place entre toutes leurs affaires personnelles et m'installe pour faire téter Louise confortablement. Je lui change sa couche, la met sur mon dos pour la porter plus facilement avec mon porte bébé, installe mon manteau spécial de portage (qui couvre maman et bébé en même temps) car il fait froid et repars avec les recommandations de prudence de la part des policiers.

Louise s'est endormie en deux minutes dans mon dos, repue, au chaud et rassurée. Je pars chercher Gabriel. Je retrouve tous les enfants autour d'Ajimi-sensei, le professeur de la classe de Gabi, en pleine lecture d'un kami-shibai (grandes feuilles cartonnées, illustrations du côté recto tourné vers les enfants et histoire écrite au verso pour le lecteur), ils ont tous leur "bosai zukin" (un petit capuchon fait d'un tissu matelassé) sur leur tête, quelques petites filles pleurent et sont réconfortées dans les bras des nombreux professeurs, je trouve Gabriel calme, content de me voir et qui me dit "s'il te plait maman, j'aimerais bien connaître la fin de l'histoire". Oui, Gabriel, nous pouvons bien attendre la fin de l'histoire.

Le retour à la maison se fait à pied avec Gabriel et sa copine Akari qui habite dans le même coin, sa maman, sa petite soeur et son petit frère. Nous marchons lentement avec les petits et rentrer ensemble m'apaise, la conversation divertit les enfants.

Depuis la secousse, j'avais essayé de joindre Nicolas de nombreuses fois mais les lignes étaient saturées. Pour Gabriel et moi, c'est un grand soulagement de le trouver avec Alix chez notre voisine. Nicolas est parti tout de suite après la secousse et est rentré à pied, une bien longue marche mais nous avons pu tous être réunis rapidement, c'est vraiment ce qui était le plus important. Pour Nicolas, grosse secousse vécue du haut de ses bureaux, pour lui le souvenir des grues du chantier voisin qui tanguent, les étagères roulantes qui coulissent toutes seules et les bruits de l"immeuble qui grince.

La nuit qui a suivi a été éprouvante, les répliques se sont enchaînées et je me demandais si cela allait s'arrêter. La terre grondait et nous nous sentions tout petits et vulnérables. Alix et Gabriel ont leur chambre mais nous avons aussi chez nous une installation permanente de chambre familiale avec un couchage pour tous nos enfants. Cela peut être pour les épisodes de maladie, pour pouvoir prêter les chambres quand nous accueillons du monde, pour éviter de faire fonctionner trop de clim pendant les nuits de canicule de l'été à Tokyo et maintenant pour les moments de tremblements de terre.

Il m'aura fallu presque 2 semaines pour ne plus avoir l'impression de "tanguer". Les secousses ont continué assez régulièrement depuis, de petites secousses, quelques unes encore un peu impressionnantes. Celles que je déteste sont celles qui se produisent la nuit. Avant lorsque cela arrivait, je n'avais pas le temps de me demander ce qu'il fallait faire, encore dans mon sommeil, la secousse s'arrêtait mais depuis celles du 11 mars, le coeur se met à battre fort et la décharge d'adrénaline dans le corps m'empêche de me rendormir.

Quelques nuits courtes donc à cause des répliques puis explosion à la centrale nucléaire de Fukushima. Après avoir lu les nouvelles apocalyptiques des média français, les avoir comparées avec d'autres sources d'informations (britanniques, américaines, japonaises), reçu les courriels de notre ambassade nous recommandant de partir vers le sud ou de quitter le Japon, pris contact avec des personnes compétentes, recroisé le tout et donc très peu dormi, nous avons choisi de nous éloigner. Départ précipité pour Nagoya tout d'abord pour rejoindre Manu et Miki et leurs enfants puis voyant que la situation n'évoluait pas favorablement, nous sommes allé trouver refuge chez Madame Ikuta, ma "maman" japonaise, notre famille de coeur depuis nos années d'étudiants, retrouver Michiko, leur fille et aussi amie intime et profiter de leur amitié chaleureuse.

La situation ne se débloquant pas, j'ai choisi de rester à Kyoto en louant une petite maison de vacances pour touristes (prix d'ami et de solidarité de la part l'agence française de location étant donné les circonstances), une semaine seule avec les 3 enfants, Nico ayant repris le chemin de la capitale. Nous étions en pleine période de vacances de printemps, ce sont des vacances importantes car elles marquent la séparation entre deux années scolaires. Tout finit en mars ici et reprend en avril (école, université, fiscalité ...), je me suis dit qu'il fallait profiter de ce temps si précieux pour les enfants. Le temps nous a permis de passer de belles journées dehors, de visiter les nombreux temples, le musée du manga, des parcs, le jardin botanique, goûter des pâtisseries locales (dango, mochi pour les amateurs ...). Quelques rencontres sympathiques au parc avec d'autres familles en "exil" comme nous et que nous avons revues depuis.

Nous sommes rentrés à Tokyo pour la rentrée des enfants le 6 avril. Alix est en 4e année, Gabriel en 1ere, c'était donc LA grande rentrée avec grande cérémonie. La vie continue à Tokyo, elle a d'ailleurs toujours continué. Nous restons en état de vigilance pour le taux de radioactivité dans l'air. Selon les sources japonaises mais aussi françaises, il n'y a pas d'inquiétude à avoir pour le moment. Le taux avait légérement augmenté sur Tokyo entre le 20 et le 25 mars mais nous étions déjà à Kyoto.

Reste la question de l'alimentation. C'est un grand débat et je ne me lancerai pas dans l'énumération de tous les arguments. Par précaution, nous utilisons de l'eau en bouteille et je me dis chaque jour combien j'ai de la chance d'allaiter Louise et de ne pas me faire de souci pour ça. Par précaution aussi nous achetons ce qui est cultivé au sud. L'alimentation moderne donne aussi le luxe (et l'aberration quand on y pense) de consommer de la truite du chili avec des asperges du pérou et du potiron de nouvelle-zélande, tout le contraire de ce que nous avons toujours fait en mettant un point d'honneur à consommer local et bio ! vive donc les pesticides des légumes ayant voyagé des semaines par bateau et emballés dans du cellophane, je pense qu'il vaut encore mieux essayer de manger ce qui vient de régions éloignées de Fukushima, privilégier la région du Kansai. Que penser pour le long terme ?

Nous espérons que plus aucune secousse ne vienne ébranler de nouveau la centrale.

Le plus urgent ce sont les milliers de personnes toujours dans une situation précaire. Les initiatives humanitaires et de solidarité se sont mises en place. Petit à petit, il va falloir reconstruire mais quel travail et sur quelle tristesse. Tremblement de terre, tsunami puis alerte nucléaire. La troisième catastrophe, dûe au tsunami, a vraiment plongé la région dans des années noires. Des centaines de personnes endeuillées, expropriées, relogées comme on peut, l'inquiétude pour la santé surtout des petits jusqu'aux conséquences économiques comme la perte d'activité pour les exploitants agricoles ... et la grande désolation de tous les habitants de cet endroit qui doivent faire face à l'isolation. Juste penser à eux et ne pas les oublier.

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Alix et Gabriel dans la rue devant notre maison, le matin avant de partir à l'école. A cause des nombreuses répliques, les enfants doivent porter sur la tête leur bosai zukin, une capuche en molleton, afin de se protéger d'éventuelles chutes d'objets, de bris de glace.

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jeudi 17 février

Bonne année 2011

Tous nos voeux pour cette année 2011 avec le sourire de nos enfants.
Photos prises lors de notre séjour à Kyoto pour le nouvel an,
Alix, Gabriel, Louise et sur la deuxième photo, Aoï (fille de Michiko et petite fille de Madame Ikuta), beaucoup d'émotion de voir nos enfants réunis, 13 ans d'amitié entre nous !



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Posté par jochan à 12:45 - - Commentaires [4] - Permalien [#]